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16 février 2008
Devoir de mémoire : du réalisme à l'effet d'annonce sur-médiatisé
Ma relative culture historique et mes convictions me poussent à réagir comme beaucoup d'autres ces derniers jours. J'ai entendu dire, par un pédopsychiatre, que cette mesure pouvait entraîner des problèmes psychologiques chez l'enfant, notamment l'identification à l'enfant déporté, ou même la culpabilisation d'être soi-même en vie... Si, comme je le crois, cet expert était sérieux et non poussé par des convictions partisanes, j'estime qu'il ne faut pas l'appliquer.
Ceci étant dit, selon moi, le devoir de mémoire doit être promu, seulement il faut que les enfants ou les adolescents soient en mesure de comprendre le message qu'on veut leur faire passer. Il ne faut pas qu'ils fassent des choses bêtement, sans les comprendre, sinon à quoi bon. Le but est bien de former de futurs citoyens tolérants et responsables, n'est-ce pas ?
Alors de deux choses l'une, pourquoi confier à un enfant la mémoire d'un seul autre enfant ? Selon moi le devoir de mémoire doit être et rester une oeuvre collective, et non discriminatoire bien sûr... Va-t-on ensuite confier aux homosexuels le souvenir des homosexuels déportés, aux Juifs celui des Juifs déportés, aux seuls anciens résistants celui des résistants déportés, etc. ? C'est ridicule. Ou bien l'on perpétue la mémoire de tous, l'on ne perpétue rien du tout (je préfère la 1ère solution)
De plus, l'âge des enfants ne leur permet pas de comprendre et de saisir pleinement la tâche que l'on leur confie. Je ne connais pas bien les programmes de primaires en histoire, mais il ne me semble pas que l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale soit très explicite (pour être honnête je ne me souviens pas très bien de ma propre année de CM2). Pourquoi ne pas attendre quelques années de plus, au collège par exemple, le temps que les élèves aient assimilé les tenants et les aboutissants du problème. Ou bien faire étudier plus profondément la déportation au cours moyen...
Quel est votre avis ? (si vous en avez un )
22:00 Publié dans actu, Coup de Gueule, Moi, mon autre et puis les autres, politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, devoir de mémoire, déportation, seconde guerre mondiale
















Commentaires
Le problème mérite d'être posé dans sa globalité : il s'agit de savoir si le devoir de mémoire l'emporte sur le devoir d'histoire.
La mémoire est chargée d'affects, elle ne retient que ce qui peut lui être favorable ; l'Etat cherche toujours à imposer une certaine mémoire ; mais, même inspiré par le souci du "plus jamais ça", ce "souvenir officiel" crée des distorsions dans la conscience nationale.
Prenons l'exemple des Juifs déportés pendant la Seconde Guerre mondiale, qui me touche d'assez près : la mémoire officielle permet jusqu'à présent une prise en compte du phénomène dans une dimension heureusement plus historique que mémorielle.
Non, l'Etat français n'a pas attendu les directives allemandes pour adopter une législation antisémite (octobre 1940). Oui, il a livré honteusement des étrangers qui avaient trouvé refuge en zone sud (avant novembre 1942), puis des citoyens français. Le léger biais mémoriel nous conduit pourtant à taire que de nombreux Français aidèrent des enfants et même des familles entières (dans le Limousin par exemple) et que l'opinion publique -même si l'usage de cette notion en temps de guerre pose des problèmes- a laissé deviner sa réprobation dans beaucoup de départements au moment de l'arrestation des familles juives en particulier à partir de la funeste année 1942.
Je reproche à la lecture de la lettre de Guy Môquet, comme au protocole mémoriel imaginé par le Chef de l'Etat, de mettre l'accent sur le pathétique de cette extermination de l'homme par l'homme. On court toujours le risque en histoire de parler de choses qui demeurent peu "incarnées" aux yeux des élèves. En ce sens, l'émotion est utile, mais elle ne peut constituer le "socle" pédagogique d'un enseignement sur la Seconde Guerre mondiale.
Plutôt que la lettre de Guy Môquet, choisir une missive de Georges Mandel au général de Gaulle ; plutôt que le parrainage d'un enfant mort en martyr, insister sur la brutalité des bourreaux et l'inédit du meurtre de masses organisé. L'émotion surgira quelques moments plus tard, après l'effroi auquel aura déjà succédé l'explication et la mise en contexte.
Je refuse d'enseigner l'histoire -même si la mesure ne me concerne pas dans l'immédiat- comme le seul récit de la douleur des victimes, ou de fonder une réflexion sur des "trucs" qui vont égarer les esprits des élèves et leur faire développer, par effet de miroir, des pathologies de culpabilité.
Ecrit par : David Valence | 16 février 2008
J'adhère tout à fait à ta réflexion. C'était un peu le sens de la mienne, mais tu t'exprimes mieux que je ne l'ai fait.
Ecrit par : raphael | 16 février 2008
On n'a pas attendu monsieur Sarkozy pour que des jeunes (comme moi d'ailleurs) se préoccupent du devoir de mémoire... Je n'ai pas attendu monsieur Sarkozy pour connaître Guy Môquet. Je l'ai "rencontré" quand j'avais 15 ans, dans un contexte tel que j'ai clairement saisi toute la portée de son destin: en est-il autant des lycéens qui ont "entendu" sa lettre sans forcément être sensibilisés à l'histoire de la Résistance?
Trois années de suite j'ai participé au Concours de la Résistance et de la Déportation, j'ai lu, écouté des témoignages, rencontré des anciens résistants et déportés. J'ai visité le Struthof et Dachau. Je me suis rendu sur des Maquis, notamment celui du Mont Mouchet.
Il existe déjà des moyens d'enseigner l'histoire de la déportation, pourquoi ne pas s'appuyer sur ces derniers, et leur donner les moyens de s'étendre?
On assiste une fois de plus à un effet d'annonce... Expliquer la Shoah, oui et mille fois oui, mais pas comme cela est proposé par monsieur Sarkozy. Imposer cette responsabilité de la mémoire d'un individu, d'un enfant mort dans des conditions atroces et difficilement imaginable même pour des adultes à un gamin de 10 ans, ce n'est pas raisonnable, et c'est même injuste! Enseigner la Shoah, l'expliquer avec des mots simples, en un mot: sensibiliser, ça, c'est essentiel et constructif.
Ce n'est que l'avis d'une étudiante en histoire...
Ecrit par : Sophie | 17 février 2008
Nicolas Sarkozy est-il train de faire une erreur dramatique ?
En confiant aux enfants de cm2 la mémoire d'une victime française et juive de la shoah et on se contentant des seules victimes judeo-françaises des massacres perpétués lors de la seconde guerre mondiale, il établi de fait une hiérarchie dans les victimes et entretien insidieusement la concurrence des mémoires.
Personnellement je me sens autant ému pas les victimes allemandes, soviétiques ou françaises, autant ému par les victimes juives, tsiganes ou athées.
Et puis que vont dire les enfants de cm2 d'origine sénégalaise à qui l'ont dit d'un côté que la France n'a pas à rougir de la traite nègrière et de l'autre que la France est victime de la shoah ?
Pourquoi fais-t'on l'impasse sur le rôle de collaboration active qu'on joué beaucoup de français (souvent catholiques) ?
Comment ne pas craindre que cela va amplifier les nouvelles formes d'antisémitisme dues à la concurrence des mémoires ?
Et comment tolérer que d'un côté on tolère l'homophobie de certains membres de l'UMP, ou les lois anti-tsiganes de février 2003 que Nicolas Sarkozy lui même a mis en place, et de l'autre on va afficher un va afficher un pro-sémitisme de façade qui a mon avis est une pure stratégie électorale quand on sait qu'il y a environ 400000 français inscrit sur les listes électorales qui sont de confession juive (et qui votent bien souvent MoDem!).
N'est-ce ce pas devenu une mode de s'afficher pro-sémite afin de cacher des tendances d'extrême droite ?
Ecrit par : Julien | 18 février 2008
L'annonce de la volonté de Sarkozy de faire parrainner des enfants déportés à des jeunes de CM2 m'a abasourdi...
Comment peut-on même avoir une idée telle, qui relève de la folie???
Avant de vouloir apprendre l'histoire aux gamins par l'intermédiaire du choc et du pathos, notre président et ses conseillers feraient mieux de la réapprendre pour en tirer nombre de leçons qu'ils semblent avoir oubliées...
Je pense que ce problème n'est pas affaire de religion. On ne doit pas oublier la déportation des juifs tout comme on doit se rapeller le génocide arménien, et ouvrir les yeux sur le malheur tchétchène...
Aussi sans doute l'illuminé instigateur de cette décision a-t-il pensé devoir aborder le phénomène de racisme dans un pays où les extrèmes semblent parfois plaire...
Cependant, il est absolument immoral de vouloir faire parrainner un pauvre gamin déporté à un élève de CM2.
Tout d'abord, soyons francs, en CM2, un enfant ne peut absolument pas comprendre l'horreur de ce massacre dont les petites victimes n'en ont sans doute pas pris conscience elles-mêmes.
De plus, cette réalité, choquante (le terme est léger), ne fera sans doute naître chez ces gamins rien d'autre que de l'incompréhension ou de l'effroi.
A moins bien sur qu'on ne veuille illustrer cet évènement que par des panneaux ARBEIT MACHT FREI, ce qui bien serait minimaliste en vérité.
Du reste, notre cher président semble vouloir par ce geste montrer une volonté de rétablir un certain patriotisme. Qu'il commence alors, en tant que premier responsable et représentant de la France, à donner l'exemple par lui-même. En effet, ce n'est pas ce qu'il fait, à moins que soit patriote ce bling-bling qui ne fait s'esclaffer que les plus mondains...
Ecrit par : Vincent | 19 février 2008
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