12 juin 2008
Henry Madin (1698-1748), un musicien lorrain au service de Louis XV
La vie et l'oeuvre d'Henry Madin, prêtre-musicien originaire de Verdun et sous-maître de la Musique de la Chapelle Royale de Louis XV, n'ont guère retenu l'intérêt des interprètes et des chercheurs. A ce jour, aucune étude systématique de l'héritage musical et théorique de cet artiste n'a été entreprise. Pourtant, dans son Parnasse françois, Evrard Titon du Tillet jugeait favorablement Madin, voyant en lui l'"un des meilleurs Compositeursde ce siècle pour les Motets". Pierre-Louis d'Aquin de Châteaulion, lui, se contenta de rapporter que Madin "réussisait souvent et sa musique plaisait fort à la Cour".
A lire ces jugements favorables, une monographie s'imposait. une première partie s'attache à esquisser la carrière d'Henry Madin à la lumière de nouvelles sources et à le replacer dans son époque. La seconde propose une étude critique de l'oeuvre théorique et musicale, organisant peu ou prou les chapitres selon la chronologie imposée par les ouvrages imprimés. Des pièces justificatives et un catalogue exhaustif de l'oeuvre viennent enrichir cette étude.
Jean-Paul C. Montagnier, agrégé de l'Université, titulaire de deux premiers prix du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, Doctor of Philosophy in Musicology de Duke University (Durham, USA), est professeur de musicologie à l'Université de Nancy, Adjunct Professor à McGill University (Canada) et chercheur à l'Institut de recherche sur le Patrimoine Musical en France (IRPMF-CNRS-BnF); Il est l'auteur de nombreux ouvrages, éditions critiques et articles sur la musique baroque française.
Jean-Paul Montagnier, Henry Madin (1698-1748). Un musicien Lorrain au service de Louis XV. Langres, Éditions Dominique Guéniot, 2008.
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17 avril 2008
Aimé Césaire, second père de la négritude
Partir. Mon cœur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies. » Cahier d'un retour au pays natal.
On a appris que le poète Aimé Césaire, âgé de 94 ans, est décédé ce jeudi matin. Maire de Fort-de-France et député de la Martinique de 1945 jusqu'à récemment, il était une personnalité encore très écoutée, bien que retiré de la vie politique. Il était surtout, à mon sens, un des poètes majeurs du XXe siècle qui, avec le sénégalais Léopold Sédar Senghor, a le mieux défini la "négritude". Découvert par Breton grâce au "cahier d'un retour au pays natal" , il avait publié une vingtaine d'ouvrages dont huit recueils de poésie.
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23 mars 2008
"Si tu t'en vas"
Si tu t’en vas – tu n’es déjà plus là – dans le soir hivernal qui s’avance, que ferons-nous, que regretter de te laisser partir ? Ta silhouette sombre se confond avec le ciel nocturne.
Tu es parti, tu as quitté la maison vide où, chaque soir, on ne trouvait que toi.
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06 mars 2008
Le bateau ivre
Il est des oeuvres poétiques intemporelles. Des textes magnifiques qui, même des années après avoir été écrits, gardent la même intensité et la même force. J'ai envie de vous faire partager ces poèmes qui me touchent et que je considère comme parmi les plus belles oeuvres de la littérature. Mais je ne vais pas commencer par quelques chose de bien ordinaire. Pour la note d'aujourd'hui, voici le plus beau poème de Rimbaud, le bateau ivre, qui fut à la pointe de la modernité poétique à la fin du XIX° siècle. Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.
Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’œil niais des falots !
Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.
Et, dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs, et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !
J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !
J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baisers montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !
J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !
J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
Mêlant au fleurs des yeux de panthères à peaux
D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !
J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !
Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus avec de noirs parfums !
J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
— Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux...
Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;
Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur ;
Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et des Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets !
J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
— Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
Millions d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?
Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !
Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi, plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons !
21:31 Publié dans Blog, Culture, Livre, Moi, mon autre et puis les autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : apollinaire, alcools, pont mirabeau
26 décembre 2007
Julien Gracq, en toute simplicité
Il est mort comme il a vécu : simplement. Voilà ce qu'on peut dire de celui qu'on considère comme une des plumes romanesques les plus éminentes du 20ème siècle.
Louis Poirier, alias Julien Gracq, est décédé le 22 décembre 2007 à l'âge de 97 ans. Toute sa vie il a refusé les honneurs et les prix. Son oeuvre principale, Les rivages des syrtes, mélange d'intimité et de surréalisme, lui a valu un prix Goncourt qu'il refusa. Il est également célébre pour son pamphlet la littérature à l'estomac.
Il avait publié en 2002 des Entretiens donnés depuis 1970 (C'est son dernier ouvrage) et a été un des rares à être publié à La Pléiade de son vivant.
J'aimerais enfin vous faire partager cette jolie et simple citation de Gracq : « J’écris comme tout le monde, en commençant par le début et en finissant par la fin »
09:17 Publié dans actu, Blog, Culture, Livre, Portrait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gracq, julien, louis poirier, rivages des syrtes, décès, écrivain
07 juin 2007
"Les Cités du Sel" : histoire moderne d'une région remplie d'histoire
C'est avec plaisir que je vous fait part de la récente sortie d'un ouvrage dont j'attendais impatiemment la parution. Les Cités du Sel - De Dieuze à Chateau-Salins dresse en cartes postales un panorama du Saulnois et des événements marquants au début du XX° siècle au pays de l'or blanc. Paru dans la collection Mémoire en Images aux éditions Alan Sutton, c'est le fruit d'un long travail de collecte et de recherches mené par Vincent Hadot.
Vincent Hadot est un jeune marsalais de 21 ans, étudiant en archéologie et passionné depuis longtemps par l'histoire de sa région et de son village. Il signe ici un premier ouvrage (le premier d'une longue série je l'espère) retrospectif, mettant à profit sa connaissance du Saulnois, de ses habitants et de sa riche histoire pour nous faire découvrir à travers le filtre photographique la vie des cités du sel il y a un siècle et plus.
Je vous invite d'ailleurs à le rencontrer demain, 8 juin, à 18h30, à la Salle des Fêtes de Marsal, pour une séance de dédicace.
ISBN 9-78284910-565-8
prix 19.90euros
17:34 Publié dans actu, Blog, Critique, Livre, Loisirs, Portrait | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Cités, Sel, Hadot, Vincent, Saulnois, Dieuze, Chateau-Salins
29 avril 2007
La Mauvaise Vie
"Un homme se penche sur son passé. Le passé ne lui renvoie que les reflets d'une mauvaise vie, bien différente de celle que laisse supposer sa notoriété.
Autrefois on aurait dit qu'il agissait de la divulgation de sa part d'ombre ; aujourd'hui on parlerait de coming-out.
Il ne se reconnaît pas dans ce genre de définitions.
La mauvaise vie qu'il décrit est la seule qu'il a connue. Il l'a gardée secrète en croyant pouvoir la maîtriser. Il l'a racontée autrement à travers des histoires ou des films qui masquaient la vérité. Certains ont pu croire qu'il était content de son existence puisqu'il parvenait à évoquer la nostalgie du bonheur. Mais les instants de joie, les succès, les rencontres n'ont été que des tentatives pour conjurer la peine que sa mauvaise vie lui a procurée.
Maintenant cet homme est fatigué et il pense qu'il ne doit plus se mentir à lui-même."
Je suis retombé par hasard, aujourd'hui, en parcourant nonchalamment les rayonnages de ma bibliothèque, sur La Mauvaise Vie de Frédéric Mitterrand. Mon regard s'est retrouvé attiré par la couverture blanche de l'ouvrage, délaissé là depuis deux ans que je l'ai lu ; et, comme à la première lecture, j'ai parcouru quelques pages avec cette émotion qui m'avait étreint à l'époque.
J'ai retrouvé ce témoignage d'une vie parallèle, un peu souterraine, ou cachée. Le souvenir d'une enfance ambiguë, entre tendresse et violence, avec les premiers émois amoureux d'un adolescent. La réminiscence de rencontres à jamais gravées dans un coeur. L'évocation des clubs à prostitués de Bangkok. La tristesse d'une disparition prématurée.
Liberté d'écriture, mais sans impudeur, comme on en voit désormais rarement. Emotions d'une vie à laquelle on en peut manquer de se comparer à un moment ou à un autre. Frédéric Mitterrand a signé là un ouvrage qui ne manquera pas d'interpeller ceux qui le liront, comme il a déjà interpellé ceux qui l'ont lu et apprécié.
Réf : Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie, Paris, Robert Laffont, 2005, ISBN 2-221-09225-2
15:39 Publié dans Blog, Critique, Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Frédéric, Mitterrand, Mauvaise, Vie, Robert, Laffont
18 mars 2007
Ma vie sans moi...
"Dans ce pays en dedans des souffrances,
Le chuchotis du Temps n'alourdit plus les branches,
Les mots tombent de moi, sans poids, plus nuls qu'un songe
Où jamais ne s'émut que le remous d'une ombre;
Trop imagés de mort pour n'être pas présages,
Mes héros délivrés m'ont laissé leurs blessures."
Armand Robin, Ma vie sans moi, Gallimard, 1940
20:01 Publié dans Blog, Culture, Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Armand Robin, poésie
















